Le parcours qui relie Eurolactis à Cybel’Art ne se résume pas à un changement de secteur. Il éclaire une conviction constante : lorsque la matière ou la présence compte, la technologie doit servir à en conserver la richesse plutôt qu’à lui substituer une imitation.
Une exigence née chez Eurolactis
En 2008, Pierluigi Christophe Orunesu fonde Eurolactis, entreprise suisse consacrée à la transformation et à la distribution internationale de lait d’ânesse. Le défi consistait alors à diffuser un produit délicat sans le réduire à un substitut synthétique. Des recherches menées en Italie ont accompagné le développement de procédés de lyophilisation plus doux, pensés pour respecter au mieux la matière d’origine.
Le récit rappelle quelques jalons de cette période : un partenariat avec l’Inter Milan en 2011, un don d’ânons et de lait lyophilisé au pape François en 2014 pour les hôpitaux du Vatican, puis une collaboration avec le chocolatier Gérard Fornerod autour de la tablette « Quartier des Ânes » en 2016. Ces étapes ne sont pas présentées comme des promesses de santé : elles illustrent une recherche de fidélité au produit source.
De la matière à la présence humaine
Cette même logique a ensuite trouvé un terrain numérique. Face à la prolifération d’avatars et d’images de synthèse, Cybel’Art privilégie la captation d’une personne réelle plutôt que sa reconstitution générative. L’enjeu n’est pas de décréter une authenticité absolue, mais de garder visible le lien entre une œuvre numérique et le moment où un artiste a été enregistré.
« Nous humanisons le numérique, sans numériser l’humain. »
Cette orientation structure l’approche de Cybel’Art : la technique intervient pour porter une présence, non pour en effacer l’origine. Elle s’inscrit aussi dans le champ plus large des expériences AR et VR, où l’usage et le contexte de diffusion comptent autant que l’image.
Capturer avant de rendre
Pour les artistes cités dans l’article, dont Philippe Entremont et Henri Dès, la méthode décrite repose sur une vidéo volumétrique à 360 degrés, enregistrée par un anneau de 42 caméras synchronisées. Les données sont ensuite rendues au moyen du Gaussian Splatting, un procédé de représentation et de rendu qui permet de restituer un volume plutôt qu’une simple projection plane. C’est dans ce cadre que prend forme l’icologram®, conçu pour une consultation en réalité augmentée native.
La même attention se retrouve dans Virtual Hall®, avec les crédits du projet préservés pour l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) et Real Illusions. Cette démarche décrit une orientation de création et de diffusion ; elle ne constitue ni une garantie d’authenticité certifiée ni une annonce de disponibilité universelle.
Une continuité plutôt qu’un virage
Du lait d’ânesse à l’art volumétrique, le fil directeur reste donc la préférence pour l’original enregistré, transformé avec soin et rendu accessible par des outils contemporains. Pour Cybel’Art, l’innovation ne consiste pas à remplacer le réel à moindre coût, mais à chercher les moyens de le transmettre sans en perdre la singularité.
Adaptation éditoriale de l’article de Pierluigi Christophe Orunesu, publié sur Substack le 11 août 2026. Lire l’article d’origine sur Substack