En décembre 2014, deux jeunes ânes, Thea et Noah, sont arrivés au Vatican avec un don de lait d’ânesse en poudre destiné à l’unité de maternité de l’hôpital pédiatrique du Vatican. Leur venue n’était ni un décor ni une curiosité. Elle rendait concrète l’initiative de Pierluigi Christophe Orunesu, fondateur d’Eurolactis.
La rencontre a pris une résonance particulière lorsque le pape François a évoqué son enfance en Argentine : sa mère lui aurait donné du lait d’ânesse lorsqu’elle ne pouvait pas lui fournir suffisamment de lait maternel. Une démarche d’entreprise est alors devenue une histoire de mémoire, de soin et de transmission.
Rendre visible une ressource négligée
Établie à Morges, Eurolactis avait choisi d’aborder une ressource largement délaissée par les marchés modernes avec sérieux : savoir-faire agricole, exigences de production et collaborations scientifiques. L’objectif était de replacer une ressource ancienne dans un contexte contemporain, sans ignorer le bien-être animal ni les contraintes de production.
La visite au Vatican illustre cette approche. Thea et Noah rendaient compréhensible un sujet que peu de personnes connaissaient ; le don répondait à une destination institutionnelle précise ; le souvenir du pape reliait le geste à une expérience familiale. L’innovation y trouve sa portée lorsqu’elle reste lisible à hauteur humaine.
De l’origine biologique à la présence artistique
Plus tard, la recherche de Pierluigi Christophe Orunesu s’est déplacée vers la culture immersive avec Cybel’Art et le protocole icologram®. Les domaines semblent éloignés. Ils partagent pourtant une même attention : partir d’une source existante et chercher une nouvelle manière d’en transmettre la valeur sans la réduire à un simple effet technique.
Dans cette démarche, l’icologram® est présenté comme issu de la captation volumétrique d’un artiste réel, présent dans un environnement de capture. Ses mouvements, son expression et sa posture nourrissent la représentation. Cette intention marque une différence importante avec la fabrication d’un personnage de toutes pièces : le dispositif entend servir une présence artistique plutôt que la remplacer par une approximation synthétique.
La technologie ne devient pas, par nature, une preuve d’authenticité : tout dépend du cadre, du consentement des artistes et du soin apporté à la transmission.
Transmettre sans faire de la machine le sujet
Un visiteur n’a pas besoin de maîtriser le vocabulaire de la captation volumétrique ou du Gaussian Splatting pour rencontrer une œuvre. Lorsqu’un artiste apparaît à taille humaine, parle et se déplace à partir d’une performance enregistrée, l’expérience peut rendre la technique intelligible par l’émotion. L’objectif n’est pas de dissimuler la machine, mais de l’empêcher de devenir le personnage principal.
Cette perspective ouvre des pistes pour les musées, les salles de concert, l’enseignement et les publics qui ne peuvent pas se déplacer. Elle guide aussi les projets présentés dans le portfolio de Cybel’Art. De la visite de 2014 aux pratiques immersives actuelles, la même question demeure : comment faire avancer une idée précieuse sans en falsifier l’origine ? La réponse commence moins par la technologie que par l’attention accordée à la personne, à l’animal, à l’artiste et au souvenir qu’elle porte.
Adaptation éditoriale de l’article de Pierluigi Christophe Orunesu, publié sur Substack le 1 septembre 2026. Lire l’article d’origine sur Substack